en moi à Saint Jean du Gard.
L'une restera éternellement absente, sa place reste vide dans mon désir et mon attente.
Ce jour-là, toute la famille état invitée à Saint Jean pour déjeuner. J'étais un presque jeune homme, aux environs de douze, treize ans. On avait mis un couvert à côté du mien. pour une jeune
fille.
"De ton âge" m'avait-on assuré d'un air entendu.
Claire ?
Le souvenir est si ténu...
Un prénom commençant par C.
Peut être.
J'étais impressionné, presque apeuré. Une fille ? A côté de moi ? Que je ne connaissais pas !
Je ne sais pas pourquoi une silhouette fine, un casque de cheveux bruns et lisses arrivent en moi : je ne l'ai jamais vue ! Elle n'est jamais arrivée, elle.
La place est restée vide.
Ah ! constata quelqu'un, à moins que ce ne fut ma propre déception, elle n'est donc pas venue.
Pas de jeune fille
Pas de rencontre, d'étincelle, d'amour fou pour toujours
Rien qu'un chaise vide et une assiette inutile qui seront retirées et emportées.
C'était aussi cela l'amour ? l'attente ardente aussitôt balayée d'un revers de main négligent.
L'autre femme n'était déjà plus une "petite jeune fille"
C'est une silhouette noire,allongée par des cheveux qu'elle portait libres sur se épaules et son dos.
Sur la place géométrique, bordée de bien anciennes pierres grises, sous les platanes du plein été, cette ligne verticale qui se mouvait lentement, indistincte, prit un visage pour moi. Je vis
bien que je prenais forme pour elle aussi, que je naissais à sa conscience. Les regards se croisaient qui disaient "qui es-tu ? viens me le dire. Viens me demander, même si j'ai peur"
Les promenades devinrent des rendez-vous non fixés, recherché, attendus. Les regards s'y accompagnaient.
J'ai gardé de son image, sa silhouette, que je plaçais sur le pont moyenâgeux, au dessus de la rivière où les truites dessinaient, ombres sombres, des mouvements paresseux sur le sable gris. Je
l'ai placé là, le temps d'un poème que j'écrivis en ce temps. Ce poème a insensiblement glissé de l'imaginaire dans les souvenirs.
C'est sur le pont que je la revois encore.
Un bal du quatorze juillet détruisit le fragile tissus brodé par nos regards croisés.
Il eut fallu bien plus de deux heures de musique pour que je puisse franchir l'infranchissable pas de quinze mètres qui me séparait de cette fille aux cheveux longs, qui m'attendait de
tous ses yeux, de l'autre côté de la piste.
Elle se lassa d'attendre et disparu dissoute dans la nuit républicaine et fatiguée.
L'orchestre eut-il joué toute cette nuit que je n'aurai pas plus avancé, cimenté, sur mon bord de piste.
L'été suivant, la brune n'était plus là. Il n'y avait plus que la lune.
Il eut fallu une autre vie, un autre apprentissage, un autre entourage pour que je m'avance et prononce ces mots "Vous dansez mademoiselle ?" Bien sûr qu'elle aurait dit "Oui"
Bien sûr ...
Aller vers l'autre, aller vers la femme était une impossibilité.
Majeure.
Ca m'est arrivé avec une autre brune aux cheveux longs, en un autre lieu, un autre temps de vacances.
Mais ça n'a pas été plus loin, puisque je continuais par un "Mais je ne sais pas danser" suivi par d'un "Moi non plus" prononcé par ma future cavalière qui ne le fut jamais et conclura là mes
essais adolescents.
Depuis j'ai appris le slow.
Harfleur le 08 octobre 2009
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