Vendredi 16 octobre 2009
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du plus loin que je me souvienne de Saint Jean du Gard, il y avait dans cette grande maison, une
très veille chose. Un très très vieille chose.
J'ai encore le sentiment d'une vieillesse extrême. La mort ne m'effleurait pas, j'étais enfant.
Des plis de tissus noir, recouvrant d'une robe stricte tout ce corps,retombaient jusqu'aux pieds.
Je ne me souviens pas de Tata Eva debout. Je ne me souviens pas non plus de chaise roulante.
Une ancêtre, une mémoire assise, quelque chose d'infiniment respectable. Quelques images d'une peau diaphane et ridée, de cheveux blanc si fragiles. Aucun visage ne correspondant à cette vieille
présence dans ma mémoire.
Les grand s disaient "Tata Eva" avec la déférence due aux anciens, ceux qui ont vécu, ceux qui savent, ceux qui ont fait le monde où on vit.
Là, c'est un vrai regret du temps jadis qui est en moi.
Aujourd'hui, on dit aux vieux : "Retirez-vous dans cette maison ! Là-bas, avec les autres vieux et les autres vieilles. Arrêtez de nous empêcher de rajeunir ! Arrêtez de nous dire la mort qui
s'avance. Vous êtes indécents. On viendra vous voir dimanche prochain avec le petit. Si on n'a pas autre chose à faire, si on n'oublie pas. Si on n'a pas peur..."
Des années après mon enfance, on annonça, dans la maison "Tata Eva est morte"
Ah ?
Ca pouvait mourir des choses aussi vieilles ?
Elle avait fini son parcours la vieille dame. Ses yeux s'étaient fermés sur je ne saurai jamais quelle jeunesse, sur le premier regard qu'un homme porta sur elle, sur un souvenir d'été, sur les
plis de sa robe qui s'envole, rieuse, légère comme un corps de vieille, légère comme le dernier souffle, celui qu'elle expira, quelque part dans un Sud français, si austère, pas loin
d'une Méditérannée vacancière.
Harfleur, le 08 octobre 2008
Par yves
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