Vendredi 25 décembre 2009 5 25 /12 /Déc /2009 19:39
Le mien était une obligation administrative : pas de mariage, pas de couple. 
Pas de couple, pas de rapprochement de conjoint.
Imparable.
Les forces qui oeuvrent dans les bureaux en costume et tailleur sont considérables. Aussi invisible et puissante que l'eau qui s'infiltre, s'insinue, sourd, coule, noie, submerge et tue.
C'est le droit écrit et le droit coutumier qui s'arc-boutent sur leurs certitudes et sur l'immuable : "on a toujours fait comme ça" conforte le "c'est écrit dans les textes".

Obligation légale.

Ma compagne, qui allait de ce pas devenir ma femme, ne pouvait pas laisser passer l'occasion de faire une fête aussi belle que l'avenir qui est promis à tous les jeunes couples.
Elle fut donc l'initiatrice de ce qui allait devenir le souvenir d'une fête sans fin, d'une joie partagée, seulement interrompue par l'épuisement physique.


Obligation morale : passer à l'église.

Moi ?
Il n'y eut pas de discussion passionnée, pas de flammes, pas d'opposition.
Allons donc dans le temple de celles et ceux qui croient en un Dieu fait à leur image.
Blanc, peut être ?
En tous cas dont le fils est cloué à jamais sur une croix, image de cruauté terrifiante gravée dans nos esprit croyants, comme incroyants.

Il fallait discuter avec le prêtre qui allait nous unir devant Dieu.
Ce fut ma première véritable rencontre avec un échelon de la hiérarchie catholique.
Il se montra un peu distant pour accueillir au sein de sa maison la brebis égarée que j'étais, me rappelant un peu le colonel qui ne voulut pas me laisser passer le permis de conduire à l'armée : on ne mélange pas les officiers -moi- et les soldats -les autres-
J'en garde l'impression de quelqu'un obligé de montrer sa grandeur d'âme.
Il fallut promettre de baptiser nos enfants.
- Oui, prononcé-je, conscient et quelque part un peu honteux, de mentir à un représentant de Dieu.

Baptiser en échange du mariage à l'église.
On marchande aussi chez les chrétiens ?
Peut être si j'avais apporté une poule et deux cochons j'aurais eu tout ce que nous voulions et pas ce que nous ne voulions pas ?
De toute façon, si j'ai bien compris, adulte et non baptisé, j'irai brûler en enfer une bonne portion d'éternité.
Au moins.
Alors une promesse non tenue de plus...

On lui demanda une chanson de Jean Ferrat. La mine du prêtre se fit encore plus sombre.
Il s'agissait de "que serai-je sans toi"
Écrite par un communiste...
Il n'y avait aucune chance que ça passe.
Mais lui fut plus malin que moi face à Dieu : il mentit jamais quant au passage de la chanson. L'appareil ne fonctionna pas quand vint l'instant du chant.
On eut droit au choeur -que nous baptiserions des vierges plus tard- choeur que nous avions repoussé, jeunes inconscients et petits merdeux que nous étions.
Il nous demanda de raconter notre vie, à grands traits, de façon à pouvoir bâtir son discours.
Je lui traçais la douleur de Michèle entre autres choses. 
Il retint cela et fit un rappel à cette absence en plein lieu sacré.
Ma femme, assise à mes côtés, se tourna vers moi. Je regardais devant, impassible, encaissant le choc public.
Me lever et partir ? Foudroyant la noce au nom de ma liberté de penser et de ma blessure ?
Laissant la douleur couler sur les dalles de l'église, je restais assis. Et maudis à jamais ce prêtre imbécile.
On se retrouvera en enfer, homme cruel et menteur !

Je me souviens du parcours dans la garrigue, qui me parut d'une longueur extrême, jusqu'à Pouzols.
Je me souviens du costume gris, élégant.
Je me souviens de la coiffeuse  qui offrit le fruit de son travail à Brigitte qui, seule à Montpellier, prépara son mariage.
Je me souviens de ma famille, qui toute opposition ravalée, franchit elle aussi, les portes du bâtiment, coeur de l'opium du peuple.
Je me souviens très peu du maire et de son discours. Dommage, il était républicain, lui. Et son petit village, très éloigné de nos lieu de vie avait été choisi parce que nous voulions signer quelques racines : la famille de Brigitte y avait vécu longtemps, y avait encore quelques propriétés de vignes.
Je me souviens du défilé à pieds jusqu'à l'église, du soleil. De l'ombre sous les voûtes fraîches et claires.
Je me souviens de nos témoins. En fait, non, je ne me souviens pas de tous : Sylvie et je ne sais plus qui pour moi, Christian et Véronique pour elle
Christian et Véronique ont été avalés par la vie : même si on demeure en contact, ce ne sont plus que des contacts. Sylvie, c'est autre chose.  

La suite appartient à un tout autre domaine.

Une explosion de plaisir si intense qu'on en vibre encore lorsque nous revoyons ces photos qui dessinent tous ces visages et tous ces corps, tous ces rires qui éclatent toujours à nos oreilles, ce bruit, cet établissement les pieds dans l'eau qui nous accueillit, cette plage à présent usée par la mer jusqu'aux rochers.







Par yves
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Commentaires

Edit > ...mais quelle preuve d'amour pour ta femme ! C'était effectivement son jour.
Commentaire n°1 posté par Francky & Jojo le 04/01/2010 à 06h23
Quelle horreur ! J'en ai des frissons :$
Commentaire n°2 posté par Francky & Jojo le 04/01/2010 à 06h21

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