Mercredi 24 mars 2010
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18:54
Dans un temps morcelé.
Je ne me souviens pas, ou plus exactement, je ne veux pas me souvenir de cette nuit qui dura vingt trois ans.
Parce que je suis responsable.
Et que, aujourd'hui, ce n'est pas encore supportable.
Presque huit mille quatre cents jours et autant de nuits à errer dans le labyrynthe fermé d'une histoire marquée par les paroles manquantes, les sentiments étouffés, cadenassés, la faillite du
dire et, donc, peut être, de l'être.
C'est dans cette zone grise de choses indiscibles et invisibles que nous concevrons et élèverons nos enfants.
Ils en seront donc les dépositaires obligés.
S'ils pouvaient ne pas en être les ambassadeurs !
Ici et là, quelques traits de lumière pulvérisent l'ombre et rendent les choses vivantes. Ces lumières crues nous révèlent, une fraction de seconde, les vagues inconnues et anxieuses, grosses de
cette peur diffuse, de cette angoisse enveloppante qui ronge et use notre temps.
Ni elle, femme, ni moi, homme, ne savions que notre voyage, nos chemins, nos sillages n'étaient tracés par aucune autre force que celles qui nous animaient, golems inconscients et
destructeurs, Pinocchios désarticulés, pathétiques dans leur recherche du bonheur.
Vingt trois années d'apnée dans un univers étouffant, sans donner de sens aux gestes quotidiens, aux désirs, aux peurs.
Guidés, conduits, menés par ces choses enfouis et vivantes, et toujours à l'oeuvre.
Sujets d'un marionnettiste au visage d'enfant brisé, sans loi, sans autre régle que suivre la trace gravée dans l'enfance, l'empreinte.
Ce sera un mort qui signera mon faire part de naissance.
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