Mercredi 24 mars 2010
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18:20
Renault cinq.
La petite voiture des petits jeunes. Et des familles modestes.
Montpellier - Le Havre. Mille kilomètres.
Je me souviens que, deux ans auparavant, jamais "monté" dans ce Grand Nord, je m'étais secrètement étonné de rencontrer les mêmes enseignes, les mêmes publicités, l'identique
Continent-l'achat-gagnant.
Ici, à Bolbec, nous arrivons à la nuit tombée.
Avenues sombres et vides, rues étroites, bordées de maisons ne laissant aucun espace entre elles, fermées.
Nous évoluons dans de longs couloirs de béton et d'asphalte, de verre et de bois clos, à ciel ouvert. Aucune présence pour nous dire qu'il y a, ici, âme vivante. Aucun volet ne se ferme, aucune
porte ne s'ouvre sur notre passage, nous accueillant ou nous chassant du monde des hommes.
Rien.
Rien que la nuit, les murs, les rues.
A huit heure et demie du soir, Montpellier avait fait rentrer ses écoliers et leurs mères etconnaissait un douce pause avant de lâcher ses étudiants dans la bruyance nocturne, allant se colleter
aux pulsations souterraines des histoires de conquêtes et celles d'amour, aux vibrations délétères des hommes sans loi et des femmes perdues.
Ici, un peu effrayés, nous errons, assis, vitres fermées. A l'abri de nos certitudes, de nos souvenirs, nous ne comprenons pas ce que nous voyons. le moteur à explosion nous propulse à travers
une ville éteinte, comme tuée par la nuit et l'absence d'habitants.
Peu après la sortie de la ville, très vite, une bourgade encadre la route. Gruchet-leValasse. Neuf heure du soir, des lumières trouent une façade.
Un restaurant.
Bien sûr que nous nous arrêtons : nous n'avons pas mangé depuis le milieu de la journée.
La salle me revient comme allongée, basse, assombrie par des poutres qui desinnent les barreaux d'une cage. Colombage, on dit ici.
Elle est vide.
Ces villes ne nous souhaitent pas.
Toutefois, une personne apparaît; étonnée.
C'est le restaurateur, étonné que des gens entrent dans son établissement se restaurer...
Il nous prend littéralement en pitié, nous explique qu'ici, à neuf heure, on ferme car tout le monde est rentré. Il déclare aller nous chercher ce qui reste en cuisine, nous ayant fait
installer.
De fait, il en reste à peine pour deux. Un menu disparate, comme "à la maison" lorsque chassé par le temps, on ouvre le réfrigérateur aux trois quarts vide en disant : "Bon ! y reste quoi à manger
?"
Il y avait des restes de volaille, peut être une viande en sauce.
Il aurait dû s'appeler "Au bon accueil" celui-là.
Il me semble que nous avons trouvé un lit à l'Hôtel de Fécamp à Bolbec.
Petite chambre banale, aux tons un peu passés, un peu triste.
Forcément, puisque nous étions si loin de notre histoire
Je ne sais pas s'il y a un Hôtel de Bolbec à Fécamp.
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