Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 09:15


Cette soirée-là, c'est mon second mariage, le vrai.
Discussion sur qui inviter. Famille ? Bien sûr. Qui dans la famille ?
Euh ... Ben, tout le monde qui peut venir, non ?  
Amis ? Quelle question idiote !
On les place ou pas ?
On les place.
De toute façon, pas de problèmes, les gens s'aiment bien ou, au pire, ne se connaissent pas. Discussions, petits dessins sur des papiers brouillon. Brouillons de petits plans dessinés. Ça y est, ils sont tous placés. Ça roule !

Auparavant, nous étions tombés d'accord sur le lieu : Les Aresquiers coulaient comme une évidence. Rustique et sans aucune étoile sur la toque, on s'en moquait c'était notre domaine.
A l'époque, c'était un pont flottant mobile qui reliait le bord du canal au bord de la mer.
Ouvert aux bateaux la nuit, pas de passage à pied.
Nous avions contacté la mairie de Vic la Gardiole pour nous accueillir dans le camping désaffecté, juste de l'autre côté de l'étang. Des fêtes s'y déroulaient l'été.
Nous avons senti, en termes administratifs, que nous n'étions pas du pays. Des sortes de sans papiers légaux. 
Ce sera donc un privé qui nous accueillera, puisque le public ne voulait pas de nous.
Nous, nous étions bien loin de cet tri sélectif : deux lointains cousins, guadeloupéens exilés militairement à Nïmes et rencontrés un peu par hasard, furent, à leur étonnement ravi, invités. Ils seraient ici les ambassadeurs du lieu d'où ils venaient et d'où, plus lointainement, je venais aussi.

L'établissement "Le Mayflower", bar improbable construit sur la plage, nous ouvrit ses portes.
On ne le regrette toujours pas.
La mer et la préfecture ont eu raison depuis, des deux établissements jumeaux qui sécrétaient ici un point de fixation, un point de vie, un lieu humain.
Il en reste "l'Escale fluviale", retirée au bord d'un canal devenu soudainement triste.

En fait, nous visions "l'Escale", son grand frère, tenu par M. Dumas. Aux fourneaux, Madame Dumas mère. Il préféra nous fournir son autre établissement, plus branché. C'était une première pour lui, qui n'avait jamais fait de mariage ici.
Pour nous aussi, c'était une première. Nous ne nous étions jamais mariés.

L'apéro ! L'apéro !
C'est mon père qui l'avait préparé. Sur le chemin de halage, aux bords de ce canal du Midi où le soir tomberait sans que personne ne s'en soucie vraiment. Les voisins furent invités à partager le verre.
La suite est plus confuse dans mon esprit.
Une noce à pied, qui franchit le pont flottant, une noce qui arpente le chemin des étangs, qui arrive sur la plage.
Pourquoi n'y avait-il pas de photographe officiel pour immortaliser la mariée dans les salicornes et les obiones, les belles dames et les beaux messieurs foulant un chemin vacancier poussièreux en diable, un chemin si étroit ?
Parce qu'on avait pas trop d'argent. Même nos alliances étaient un compromis d'or et d'argent à ne pas dépasser.

Après on s'assoie et on mange.
Oh p... ! Que c'était bon ! ! !
La mère Dumas s'était appliquée.
Dîner de roi. Il ne manquait que les troubadours, les montreurs d'ours et autres jongleurs.
Pas de roi ?
On s'en moquait, on avait une reine. La mariée.
Elle avait une robe blanche, mexicaine.
En fait, mon mariage fut avant tout celui de ma femme. Tout à son image.
Je n'ai plus que des bribes de souvenirs, d'événements microscopiques, de flash. Il me reste une avalanche de sons, de saveurs, de rires, une marée de plaisir d'être ensemble, famille et amis.
Je me souviens de ma mariée, passant de bras en bras, reine d'une nuit qui dure encore.
Les bras d'hommes debout qui dansent avec elle, des bras d'hommes assis, de plus en plus hilares et rouges au fur et à mesure que les heures passaient.
Dans mes bras ?
Euh ... j'ai oublié...
J'ai oublié quand j'ai dansé avec elle. J'ai oublié quand j'ai ri avec elle.
Je me souviens que j'ai dansé et que j'ai ri et que j'ai bu. Et mangé et ri encore et encore bu.
 
Je ne me souviens pas des invités, vaincus qui partent et désertent le champ de bataille bruyant. Je ne me souviens pas du temps qui s'éveille et s'étire au petit matin. 
Je revois des jeunes gens, assommés sans sommeil, dans les bois de pins, sur la plage.
Je revois mon père qui remercie les serveurs, allés bien au delà de l'heure prévue. Un billet change de main, discrétement. Service rendu, service payé.
Je me rappelle de lui, mon père, qui ramène des croissants à cette bande qui me dira que ce papa là, il est bien.

Ce papa là, il ne demande rien à personne et il te fait plaisir comme ça, hop !
Il est donc resté debout dans l'ombre, veillant.

C'est aussi dans ses bras que, quelques mois plus tard, je me jetterai pour pleurer et pleurer encore.

Mon père si noir qu'il se confond avec l'ombre et en devient invisible.




26 décembre 2009 





Par yves
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Commentaires

Alors là !... Les Aresquiers et Vic la Gardiole ! Ma soeur habitait là-bas et y a toujours sa maison et nous avons fait une soirée mémorable sur le site des Aresquiers (ancien camping ?).

Bref, mon cher Yves, je lis attentivement ton blog sans pour autant toujours laisser de commentaire. Une sorte de thérapie pour toi non ? C'est bien de pouvoir "détricoter"...

Et je profite de cette nouvelle année pour t'en souhaiter une meilleure (année). Toujours meilleure par rapport aux autres parce que bonne ça ne veut rien dire.

Dégrobizoux de la tourangelle.
Commentaire n°1 posté par Catherine le 07/01/2010 à 08h30
Ola Yves ^_^
Ta femme t'a plaqué ou bien ?
Perso je déteste les mariages, on s'ennuie et c'est ringard ...et non je n'suis pas jaloux ;o))
Par ailleurs j'ai cru un instant que tu avais envié la mariée ...son jour ?! Je dirais surtout que c'est une bonne journée pour les commerçants ! lol
Bah, j'ai bien compris que tu voulais nous parler de papounet ;)
Merci beaucoup cher ami pour tes bons voeux et reçois les nôtres en retour.
Nous avons également déserté la blogo faute de temps mais ça fait plaisir d'avoir de temps à autre quelques nouvelles des copains :)
Bonne continuation et au plaisir !
BONNE ANNEE 2♥1♥ !!!
Commentaire n°2 posté par Francky & Jojo le 04/01/2010 à 06h15
Un petit coucou Yves.
Nostalgies! Le temps passe et laisse des traces...
Amicalement
Sylvie
Commentaire n°3 posté par SRP le 26/12/2009 à 11h51

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